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La recherche médicale en panne : « J’ai peur pour mon pays »

 
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MessagePosté le: Sam 16 Avr - 12:02 (2011)    Sujet du message: La recherche médicale en panne : « J’ai peur pour mon pays » Répondre en citant

 La recherche médicale en panne : « J’ai peur pour mon pays »


 
La recherche médicale en panne : « J’ai peur pour mon pays »

« Youm el ilm » est une occasion pour se ressourcer et être fidèle à un homme qui a brûlé pour son pays, il l’a illuminé. Souvenez-vous, Benbadis c’est : « Nous œuvrons, en tant qu’Algériens, à rassembler la nation algérienne, à ranimer en ses enfants le sentiment national et à leur inculquer la volonté de s’instruire et d’agir jusqu’à ce qu’ils s’éveillent en tant que nation ayant droit à la vie... ».
Cet enseignement doit guider chacun de nous pour qu’il puisse donner, en obole, une pierre blanche à notre nation. A la vérité, j’avoue ma tendance partisane, je défends un sacerdoce et tous les moyens sont bons, mon obole est pour la recherche, et je prélude mon apologie par une autre citation : « La recherche scientifique et ses résultats ne sont plus simplement un objectif intellectuel abstrait, mais un facteur central dans la vie de tout peuple civilisé. » C’était David Ben Gourion qui, en 1962, avait anticipé le rôle sociétal de la recherche, et depuis, Israël investit 5% de son PIB dans la recherche-développement, soit deux fois plus que la France qu’on cite souvent en exemple, mais qui est loin d’être le meilleur modèle.
Israël, incrusté dans notre espace intime, s’est approprié des infrastructures de recherche médicale et paramédicale très développées. Les biens de recherche générés en médecine clinique, en biotechnologie et en recherche biomédicale dépassent la moitié des biens de recherche de ce pays, et ce, toutes disciplines confondues, il est question de survie. Apprendre des autres et sans complexes permet aussi de concevoir notre avenir. La recherche biomédicale est une industrie d’avenir à très forte plus-value, les réalisations de la Jordanie, de I’Inde et de la Chine sont à visiter. Elle est aussi un outil de défense contre l’extrêmement petit (microorganisme, prion, mélanine, etc.), des microparticules porteuses d’un potentiel nocif incommensurable du fait de l’avènement inopiné, de la forte mobilité et des délais nécessaires à l’identification, puis à l’élaboration des outils de défense, la recherche biomédicale est l’arme du nouveau millénaire.
La panique déclenchée par la grippe porcine, à l’échelle planétaire, doit être méditée, nous sommes totalement dépendants de l’étranger, et nous n’avions que Pasteur, l’Institut, qui, orphelin, doit couvrir tous les besoins d’un immense pays ouvert sur l’Afrique, l’Europe et l’Asie. J’ai peur pour mon pays qui reste très vulnérable à l’agression du petit et de la maladie, le cancer fait des ravages. J’augure qu’un pays qui n’a pas ses vaccins, entre autres, est en danger. Les outils de veille et de défense sanitaires font défaut et les grippes aviaire, porcine et autres seront encore d’actualité.
Ce dénuement s’explique en partie par une recherche qui reste et qui est voulue académique, peut-être par méconnaissance des besoins. Et faute d’une définition claire des objectifs, elle tarde à devenir mature et outil de développement. Mais elle est présente, et ce, malgré les dénis de certains experts adeptes de standards où la visibilité et la publication deviennent un dogme. Ces experts, eux-mêmes, peu visibles pour les équipes de recherche, doivent s’informer des réalités du terrain, sous peine d’être accusés de myopie. La recherche, qui se focalise sur le chercheur en quantité, sur ceux qui sont partis, sur la publication de là-bas, n’a aucun avenir sociétal. Une autre leçon d’Israël, d’où un chercheur sur six migre ; la mobilité est perçue comme un label de qualité : « Si nous réussissons à tel point à intégrer les meilleurs établissements du monde, cela veut dire que nos universités ont un niveau d’excellence international ».
Le départ, 650 000 chercheurs, dont 450 000 aux Etats-Unis, est capitalisé en forces et en lobbys qui n’oublient pas Israël. J’adhère totalement à la déclaration des collègues israéliens et pour mon pays, je suis convaincu que « les chercheurs algériens d’ailleurs sont la preuve de la vitalité de nos universités », et chez nous, une matière première abondante est en attente. Bon vent à nos confrères, ils peuvent être des vecteurs de coopération mais à des niveaux institutionnels, les visites personnelles ne sont pas très fructueuses. Revenons chez nous, et je continue avec une autre citation : « Quand le sage montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt. »
Nous avons admiré la « Lune » avec le sage et négligé nos ressources à portée de doigt, et ce, pour être soft et tendance. Nous avons oublié, aussi, que le peuple qui ne fabrique pas ses savoirs est un peuple en danger. Quand on se regarde avec attention, on est déroutés par notre ambivalence, nous sommes si riches et si pauvres à la fois ? Riches à faire pâlir Crésus par des moyens humains très appréciables, et pauvres par l’impact sociétal des savoirs engrangés, pourquoi ? La recherche, malgré un engagement politique réel, reste marginalisée, elle est encore juvénile par ses élans, mais désorganisée et peu efficiente. Elle réclame une organisation, un appui logistique et un accompagnement qui ne se limitent pas aux simples sentences lapidaires. Je suis médecin chef de service, responsable d’une chaire de post-graduation et directeur de recherche depuis la création des premiers laboratoires en 2000, c’est ma richesse et c’est aussi mon handicap, j’y reviendrai.
A ces titres, je me dois de plaider la cause de la recherche et de la recherche médicale en particulier. J’offre mon vécu et j’espère que ce retour d’expérience contribuera à une meilleure organisation de la recherche. Nous avons besoin de soins de haut niveau, nous avons des vaccins pour nos filles et garçons qui attendent les produits qui les protègent, et à choisir entre le vaccin pour mes enfants et la publication, j’opterai, sans hésitation, pour la fidélité à mes enfants, c’est ça la recherche utile. Le papier et la visibilité viendront après, rappelez-vous Ben Gourion. La recherche médicale a sa plus-value, et aux sceptiques je rappelle des données méconnues par certains experts cooptés pour l’évaluation de ce domaine.
La recherche médicale, soutenue par une élite, des doctorants, et par une agence thématique, l’ANDRS, a favorisé l’autosuffisance sanitaire de notre pays. Les transferts pour soins à l’étranger sont passés de 10 000 transferts en 1990 à 430 en 2009, ils avaient consommé auparavant 10 milliards de dinars et la journée de soins à l’étranger était facturée à plus de 1000 euros. Il s’agit d’une priorité de chez nous, assumée en partie, et beaucoup d’autres malades espèrent en la recherche. La recherche médicale a ouvert le chantier des outils de la gestion managériale des soins, nous sommes à l’assurance qualité et à l’ISO, mais anonymes. Elle a aussi généré la domestication de la génétique qui peut être asservie aux soins, le diagnostic prénatal est possible, le conseil génétique aussi, l’identification des gènes marqueurs de maladies est possible.
Les soubassements de la greffe d’organes et l’anatomopathologie performante s’installent, ils sont à soutenir. Des qualifications en virologie sont thésaurisées par des docteurs d’Etat mais elles restent inexploitées faute d’intérêt. Tout ce capital reste peu médiatisé et peu visible chez nous, là où il doit l’être, là où il doit servir. Je peux continuer à citer les services publics rendus, mais j’invite nos experts à faire l’inventaire de ces acquis afin d’organiser et d’exploiter les potentialités. Je rappelle que la recherche médicale est une exception par sa double appartenance, elle est intersectorielle de fait, et son impact sur la dispense des soins est direct. De ces faits, elle est par conséquent un terrain électif de la valorisation de la recherche et l’acquisition des lettres de noblesse.
Les avancées en santé sont visibles pour l’ensemble de la population. La recherche médicale reste, il est vrai, largement en deçà des besoins, l’inadéquation a ses raisons, il faut s’y intéresser prioritairement et en urgence si on veut préserver l’existant ; la démobilisation est contagieuse. Elle est, faute d’espaces propres, apatride et écartelée entre des locaux squatterisés au niveau des facultés et CHU, et elle est tout juste tolérée. L’avenir sera peut-être meilleur, des projets sont inscrits à travers tout le pays, il s’agit de CHU, de facultés et d’unités de recherche scientifique et d’aide au diagnostic (Ursad). Mais chaque projet évolue pour son propre compte sans unité d’espace ni de réflexion. Le manque de coordination porterait préjudice à des investissements majeurs dédiés aux générations futures.
Des comités intersectoriels de pilotage sont attendus et les laboratoires de recherche peuvent être de bons conseils. Les équipements sont éparpillés, l’inventaire est imprécis et le doctorant algérien part à l’étranger pour une simple « manip ». Au retour, si retour il y a, nous aurons peut-être un docteur, mais le bien de recherche produit sera capitalisé ailleurs et rarement en Algérie. La visibilité des équipements disponibles est une urgence et les plateformes communes sont un besoin. Le financement doit privilégier l’équipement beaucoup plus que le fonctionnement, la seule opération d’équipement date de 2001 et l’existant n’est plus de première jeunesse et l’inexistence d’un personnel de maintenance favorise les dysfonctionnements.
A l’absence de structures de recherche s’associe l’anonymat des laboratoires, le MSPRH n’a même pas un listing des laboratoires de recherche qu’il héberge. Les expertises sont aux CHU, mais il n’existe aucune relation formalisée malgré des objectifs qui convergent. La réglementation, nécessaire à la collaboration et aux prestations des services, reste à imaginer.
La recherche reste une activité bénévole et les défections sont légion, l’activité complémentaire et les cliniques privées sont plus lucratives. Et ceux qui partent en stage sont immédiatement soudoyés et harponnés, le doctorant est une espèce rare en Occident où les cycles longs manquent d’émules. La valorisation du chercheur et l’abolition du bénévolat tardent et le désintéressement augmente. Augmenter le nombre de chercheurs et de laboratoires ne servira à rien dans le contexte actuel, la recherche obéit aux mêmes impératifs qui régissent le recrutement d’un étudiant, la disponibilité d’une place pédagogique, d’un environnement et des encadrements. En ce qui concerne la recherche médicale, à ce jour, il n’y a que le chercheur et encore ! Les places « recherche » sont à créer. Elle obéit, aussi, aux règles de la gestion d’une entreprise ; l’improductivité ne sera, en aucun cas, corrigée par le nombre.
Le directeur et les équipes de recherche sont submergés, hommes à tout faire, ils sont le démarcheur, la secrétaire et autre chose encore. Ils doivent concilier les activités de recherche avec les charges de soins et d’enseignement. Le temps alloué à la recherche est réduit de façon drastique. La recherche n’est pas un chercheur isolé, elle est environnement adéquat et organisation, sinon elle est improvisation, amateurisme et inefficience. Les personnels de soutien, maintes fois annoncés, sont toujours attendus. Autre handicap, les jeunes aspirants, chercheurs et doctorants arrivent aux laboratoires sans aucune qualification en méthodologie, nous sommes l’un des rares pays où on peut être à un rang magistral sans aucune habilitation à la recherche et sans avoir conduit un seul projet de recherche et on peut même être expert. L’acquisition de qualifications en méthodologie doit être requise pour tous les universitaires, elle est une condition indispensable à l’émergence précoce des vocations et des compétences, on ne devient pas chercheur à quarante ans si on ne l’est pas à trente.
Nous restons indigents en matière de rédaction scientifique, l’absence d’une formation dans ce domaine et les handicaps de langues expliquent le peu de production scientifique. A ces obstacles s’ajoutent d’autres indigences : l’absence de revues de la recherche et le suicide provoqué pour celles qui existaient. Au lieu d’exiger de nos doctorants des articles internationaux, nous devons valoriser les revues algériennes, travailler pour leur indexation et mettre en place des groupes de lecture qui aident à l’expression des résultats de recherche ; il est temps, il faut publier chez nous et donner une renommée à nos revues. La correction des dysfonctions sus-cités impose en contrepartie une évaluation des activités.
L’audit est fréquemment cité, il est l’outil, mais il doit s’inscrire dans une démarche qualité, il n’est pas une fin en soi, il est l’outil d’une dynamique d’amélioration de la qualité qui se base sur un référentiel où sont définis les attendus. L’évaluation a pour objectifs l’identification des écarts ou dysfonctions et la proposition de programmes d’amélioration structurés en mesures correctrices. Le premier obstacle est l’absence de référentiel qui rend l’évaluation caduque. A nos marques et commençons par écrire ce qui est attendu, c’est le référentiel qui permettra à chacun de nous d’agir en toute visibilité pour nos gestionnaires, nos concitoyens et pour tous les autres par la suite. Il faut se rappeler que, pour toute chose, l’alchimie de la réussite est l’organisation, et pour la recherche médicale, le besoin est structuration de l’environnement. C’est par la porte qu’on sort, pourquoi personne ne veut utiliser cette sortie ? (Confucius).
Pr O. M. : Chef de service anesthésie, CHU Constantine


source: http://terredislam.bloguez.com/terredislam/1015160/La-recherche-m-dicale-en…

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MessagePosté le: Sam 16 Avr - 12:02 (2011)    Sujet du message: Publicité

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